Lundi 24 mars 2008
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ô Terre de détresse où nous devions sans cesse piocher, piocher!
Pour nous autres exilés de longue date dans ces contrées lointaines et hostiles, il y a deux phases vers la déculturation et la perte totale de repères.
La première est la phase de comparaison. A peine a-t-on posé le pied sur le sol chinois que nous viennent sans prévenir des ah c'est grand! ooh, c'est bruyant! c'que c'est sale! huuum c'est
bon! oh le monde! ah?..euh, oui c'est beau...! argh ils m'énervent!
Puis, quand on est des fieux de la fieille comme moi, on oublie tout ça. McDo est devenu notre Grand Véfour, on se fait une toile sur allociné.fr, et des petites habitudes viennent
enrichir notre quotidien.
Quotidien émaillé, parsemé de pétales de riens du tout, de pensées osées qu'on inscrit sur un mur, sur des petits coeurs...
Tenez, trois c'est le nombre de paires de pieds retroussés rabougris repliés que j'ai croisés dans la rue. Ah Je l'entend encore ce Tchang et son rire à gorge déployée "Non non Tintin, je
t'assure, rien de tout cela n'arrive dans mon pays..." (ou à peu près ça, nous n'avons même pas Le Lotus Bleu dans notre bibliothèque...je sais!)
Ce matin en venant au Centre, j'ai croisé une dame fort élégante qui avait l'air oserais-je parler ainsi, d'une Parisienne mémé Chanel... jusqu'à ce qu'elle me crache à mon nez et à ma
barbe sur le sol, j'ai pas encore trouvé mes mots...
Les week-ends s'occupent et ne se ressemblent pas. Un coup jeg snakker norsk. Un coup je lis, Honoré dans tous ses états, je viens de finir ces pages divines du Cousin Pons.
Un coup je me fais artiste, je découpe et je colle. Je refais ainsi toute la déco du salon.
De fil en aiguille on s'y met aussi : maintenant je ne bois plus que de l'eau chaude. Oubliée l'eau froide, c'est pour les ploucs!
Chaque matin, je sors de la résidence et à gauche toute je longe notre rue bordée de parterres d'herbe bien verte arrosée naturellement, librement et consciencieusement par nos
chères têtes citronnées qui boivent beaucoup de thé, assurément.
Puis à gauche encore le long du caniveau géant qu'on appelle pour faire vite et stylé 'canal'. Quand il fait beau, je croise le regard de ceux qui regardent les gens sous le nez, je leur
réponds, soit par un sourire - poli et retenu, soit par une moue les narines élargies, c'est selon... Ma perplexité s'est installée je crois à cet endroit précis où avant de tourner à droite
et d'enjamber le canal aux effluves enchanteresses que, si le chant des sirènes pouvait se traduire en odeurs on y plongerait (dans le canal), perplexité disais-je devant le déplorable
réchauffement climatique qui pousse les goélands de Sibérie à faire une halte à Kunming, sur ce canal... j'vois pas...!
Mais jamais, ô non jamais je ne manquerai d'apercevoir le camion Jiahua, qui fait la tournée des - passez-moi l'expression - boulangeries, du doux nom de Jiahua (le H chinois c'est la rota
araboespagnole, mettez-y toute votre pomme d'Adam - preuve que Charles Martel n'a pas été jusqu'en Chine...passons.) Là, j'y trouve des sandwiches triangles, c'est fou! Alors quand je sais que le
camion livraison va apporter les sandwiches faits maison dans la boutique, je peux y aller!!
J'aime les sandwiches triangles.
tiens, voici ma salle de bain
Je chante aussi, j'ai performé lors d'un duo à l'occasion de la soirée de la Francophonie, jeudi dernier. L'autre chanteur digne de ce nom c'est Frédéric. Il chante aussi bien que moi...ben
quoi?!
Là c'est la cuisine. Y a des bébés cafards maintenant, la famille s'agrandit. Droit devant vous la théière, compagnone intarrissable des bons et des mauvais jours.... que dis-je, y a pas de
mauvais jours à Kunming, attends!
Pendant la soirée de la francophonie j'ai discouru devant un parterre médusé de chinois (francophones, l'étaient-ils? Mais j'ai pas perdu totalement ma face d'enfarinée y avait aussi des
Français... et un Belge, d'ailleurs) sur un nouveau site internet que je vous invite à consulter www.francetermes.culture.fr link
Le mot d'ordre: sauvons la langue française, et viendez tous inventer des nouveaux mots dans la boite à idées. En plus, c'est un méga dico on line gratos.
Le nouveau sac trendy, entre Laroche et la Foir'fouille, mais made in China... un fourre-tout classique et coloré, dans la tendance folk&fun-j'habite en Chine!
Voilà, six mois c'est une petite vie, un tournant qui s'opère. D'ailleurs 6 et 6 font 12, encore six mois donc. Une petite vie, hein, c'est fou ça. Mon salon :
Piocher, piocher, piocher...
Pas plus intelligente qu'une autre, mais pas plus bête non plus,
Odile, votre correspondante permanente à Kunming.